Lebanon Connection: financement belge pour la mafia turque

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Lebanon Connection: financement belge pour la mafia turque

Message par 6clopes le Mer 24 Fév - 1:39

PROCES DES FRERES MAGHARIAN A BELLINZONA:TEMOIGNAGES CONTRE LA LEBANON CONNECTION FINANCEMENT BELGE POUR LA MAFIA TURQUE ?

LALLEMAND,ALAIN
Mardi 4 septembre 1990

Suisse: les frères Magharian retraitaient aussi de l'argent belge
Financement belge pour la mafia turque?


BELLINZONA, De notre envoyé spécial

La Suisse italienne a véritablement entamé la lutte antidrogue à un niveau international, confie un policier tessinois du département des stupéfiants. Nous n'avons pas la rigidité des policiers zurichois, et nous bénéficions du tempérament italien qui a fait ses preuves dans la péninsule en matière de terrorisme. Bien que nous manquions encore d'expérience, de moyens, nous avons commencé.

De fait, comment ne pas penser à un procès fleuve à l'italienne lorsqu'on pénètre dans la salle de gymnastique de Bellinzona, transformée en salle d'audience de la cour d'assises criminelle à trois juges? Encadrés par deux paniers de basket, les sept jurés décortiquent le dossier d'une filière d'héroïne et de morphine, la «Lebanon connection» des frères Magharian. Une affaire décidément riche en rebondissements, et dont le moindre n'est pas de voir figurer dans les annexes de l'acte d'accusation à charge des frères trois opérations en devises belges. Entre le 23 octobre 1987 et le 20 janvier 1988 un opérateur turc a versé sur le compte de Jean et Barkev Magharian un montant de 4.331.750 FB en une seule opération bancaire. Dans le même temps, deux versements en devises belges, pour un montant total de 5.421.878 FB, ont été effectués au départ de l'officine zurichoise des Magharian, à destination des mêmes correspondants turcs.

Interrogé par «Le Soir» à ce sujet, le secrétaire du ministère public, Mauro Tognetti, a confirmé l'hypothèse d'une vente de stupéfiants en Belgique, dirigée par la mafia turque et qui pourrait être à l'origine de flux financiers. C'est évidemment, actuellement, une hypothèse, comme pour l'ensemble des versements suspects analysés par le tribunal.

Nous pensons qu'une partie de ces sommes concerne les stupéfiants, lance Tognetti. Mais la preuve est difficile à faire.

L'élément d'enquête le plus inquiétant à propos de ces trois mouvements financiers en devises belges est l'identité du correspondant turc: selon l'accusation, les versements, opérés sous le sigle «TIR», étaient destinés à une des têtes de la mafia turque, la famille Tirnovali. Selon la défense, qui a donné sa version des faits, il ne s'agirait que d'opérations effectuées pour le compte de clients turcs dénommés Cilo Mehmet et Celal, «le Docteur». Mais, précisément, d'après un complément d'enquête effectué après la clôture de l'instruction, «le Docteur» et Mehmet étaient en rapport avec la famille Tirnovali via un compte bancaire de l'Algemene Bank (ABN), ouvert à Chiasso.

Bref, les deux pistes mènent au bazar d'Istanbul. Le clan Tirnovali représente d'ailleurs une des huit familles mafieuses les plus suivies par Ankara. Bien que symbolique, un lien financier belge avec ces trafiquants permettrait de jeter un éclairage nouveau sur des affaires de trafic d'héroïne liées au milieu turc et qui ont défrayé la chronique, à Bruxelles et à Anvers, dans la seconde moitié des années 80. Et comme l'a confirmé Mauro Tognetti, des arrestations sont attendues.

ALAIN LALLEMAND

Suisse: premiers témoignages décisifs contre la «Lebanon connection» des frères Magharian

La justice du Tessin contre la citadelle de Zurich

Des lenteurs suspectes, de la part de la Suisse, dans l'enquête qui traque les trafiquants de stupéfiants. A Zurich, on répugne à poursuivre des nationaux.

BELLINZONA, De notre envoyé spécial

La Suisse va-t-elle perpétuellement sacrifier sur ique de lutte contre les stupéfiants? C'est en tout cas, au terme de la première semaine du procès des frères Jean et Barkev Magharian devant la cour d'assises de Bellinzona, la question que peuvent se poser les observateurs suisses.

Exception faite des journalistes d'expression italienne, sensibilisés à la lutte anti-mafia de leurs voisins du sud, le «sourire des Magharian» inquiète les commentateurs. Et pour cause: quel crédit apporter à un acte d'accusation qui cultive l'homonymie, qui tronque les noms de famille de «complices» encore hypothétiques? Comment accepter qu'après plus de dix-huit mois d'instruction, des auxiliaires judiciaires avouent ne pouvoir détecter, sur quelques trois cents comptes bancaires inspectés, un seul narco-dollar?.

Petit rappel des faits: le 22 février 1987, un camion turc chargé de cent kilos d'héroïne et de morphine-base, est intercepté à Bellinzona, par la police tessinoise. Le coup de filet résulte en fait d'une infiltration menée par la DEA - le bureau anti-drogue américain - et des stups du Tessin et la marchandise est connue: livrée par un Iranien proche du gouvernement de Téhéran, Ali Sirazi, la marchandise doit financier l'armement iranien.

Les cent kilos sont pris en charge en Iran dans la Mercedes du Turc Celal Dahabi et cédés à un ponte du bazar d'Istanbul, Mehmet Yildirim. Celui-ci sert d'intermédiaire entre Sirazi et deux anciens du trafic de cigarettes recyclés dans les stups, le Turc Haci Mirza et le Tessinois, Nicolas Giulietti.

Ces deux personnages prospectent le marché par le biais d'un marchand de tissus de Lugano, Gaetano Petraglia. Et c'est là que la mécanique s'enraye: Petraglia contacte en juin 1986 un agent de change de Chiasso, Adriano Corti, sans se douter que Corti a été «retourné» par la DEA et qu'il va s'empresser de participer avec le surnommé «Sam-le-blond», agent américain, à une infiltration. Giulietti et Mirza seront condamnés au printemps 1989.

Le second volet du dossier, appelé «opération Eiger», sera strictement financier: les aveux de Haci Mirza, combinés à ceux des cousins turcs Rami et Zeki Soydan inculpés à la fin de 1985 à Turin, jettent les bases de la «Lebanon connection».

Point de rencontre: la société «JNB» des frères Magharian, la Shakarchi Trading à l'origine du scandale Hans W. Kopp, du nom de l'époux de la conseillère fédérale Elisabeth Kopp, et une myriade de sociétés de Lausanne, Genève et Zurich.

Le clan Magharian n'est pas un objectif en soi. Les Tessinois demandent à Zurich de les assister, mais une fuite ébruite l'affaire. La Confédération helvétique ne démontera jamais la «Lebanon connection», à peine peut-elle se raccrocher à l'espoir de condamner «les porteurs d'eau» que sont les deux agents zurichois.

Zurich multiplie à l'envi les maladresses, les Tessinois voient leur enquête trahie, leur instruction officielle précipitée. Ceci explique pourquoi, vendredi dernier encore, le secrétaire du ministère public, Mauro Tognetti, appelé à témoigner devant la cour alors que le procès Magharian battait son plein, devait avouer que... l'enquête n'était pas finie et qu'on remontait seulement maintenant à la tête de la mafia turque, la famille Tirnovali. Depuis lundi, cependant, les auditions de témoins permettent de remonter le courant, avec l'audition d'agents infiltrés de la DEA, de Mohamed Shakarchi, d'un trafiquant turc extradé d'Italie, d'Adreano Corti, et du chef des stups pour le Tessin, infiltré lui aussi. L'«inspectore» Cattaneo a révélé qu'un des clients des Magharian, à Monaco, lui avait proposé un «deal» pour l'importation de morphine-base à destination de l'Europe.

C'est une révélation. Mais surtout, Cattaneo, un des rares policiers à connaître l'ensemble du dossier, assemble pour la première fois les pièces d'un vrai puzzle. Sur les bancs de la défense, le sourire n'est plus de mise. Pas de propos fracassants, des faits précis, structurés. Cattaneo n'a pas volé sa réputation de «computer».

On est, cependant, encore loin du compte: les preuves? Toujours aussi difficiles à produire.

Les regards se tournaient ensuite vers le second témoin-clé de la journée: Mohamed Shakarchi, de la Shakarchi Trading, dont Hans W. Kopp a longtemps assumé la vice-présidence.

Une heure et demie de déposition, suivie de l'interrogatoire des parties et une demi-surprise: Shakarchi témoigne à charge des Magharian. L'argent géré par les Magharian pour de tels montants, dans les coupures décrites, et au rythme auxquelles elles apparaissent, déclare-t-il en substance, n'a sans doute pas une origine fiscale. Shakarchi attaque, pour mieux couvrir ses intérêts, pense-t-on à Bellinzona. Mais ce faisant, il admet qu'il travaille avec les mêmes clients. Alors, quand l'argent est-il noir, quand est-il blanc? Les Magharian auraient-ils simplement joué les «opérateurs sauvages» dans un marché réservé dont on souhaite maintenant les exclure? Un journaliste résume l'esprit de Zurich: Il serait tellement confortable, pour la Suisse, de condamner des étrangers. Arabes de surcroît.

ALAIN LALLEMAND

6clopes

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