Plein feu sur le filmiquement correct, le cas Bouchareb/Debbouze

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Plein feu sur le filmiquement correct, le cas Bouchareb/Debbouze

Message par 6clopes le Dim 16 Mai - 11:33

Un excellent papier sur la réécriture négationniste de l'Histoire (sous couvert d'art) soutenue par le sentiment entretenu d'auto-flagellation mémorielle (et l'argent de l'Etat français) typique de l'époque des médiocres.

Rachid Bouchareb récidive, premier coup Indigènes, le second porte sur les massacres de Sétif, dans les deux cas, vérité historique et vérité politique doivent se superposer comme une île flottante naviguant sur une crème catalane. Puisque monsieur Bouchareb, le délégué général du festival de Cannes et la plumitive de Marianne invoquent la confrontation avec la réalité, le retour du refoulé, la visite impromptue du passé, allons-y.

la suite ici:
http://bouteillealamer.wordpress.com/2010/05/15/plein-feu-sur-le-filmiquement-correct-le-cas-boucharebdebbouze

6clopes

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Re: Plein feu sur le filmiquement correct, le cas Bouchareb/Debbouze

Message par 6clopes le Dim 22 Aoû - 14:38

Plein feu sur le filmiquement correct, le cas Bouchareb/Debbouze

Rachid Bouchareb récidive, premier coup Indigènes, le second porte sur les massacres de Sétif, dans les deux cas, vérité historique et vérité politique doivent se superposer comme une île flottante naviguant sur une crème catalane. Puisque monsieur Bouchareb, le délégué général du festival de Cannes et la plumitive de Marianne invoquent la confrontation avec la réalité, le retour du refoulé, la visite impromptue du passé, allons-y.

Indigènes fut porté sur les font baptismaux par les euros conjoints des télés publiques, de Canal Plus et de Claude Bébéar, le parrain du patronat français. Le film dont les couleurs pisseuses s’étalaient en affiches sévères sur les murs parisiens, toisant les passants, se grimait en toile maudite avec dans sa besace le patronyme d’acier de son réalisateur. Indigènes, titre lancé à la dérobée par des gens qui n’ont rien de grands nigauds un peu gauches, s’évapore dans les délires stridents du groupuscule des Indigènes de la République dont le seul propos est de déclarer la République française, régime le plus raciste, le plus infâme, après disons Israël dans l’ordre des exécrations.

Donc va pour Indigènes qui sent le ton plaintif des accusations, on prétendra œuvrer dans la fiction quand l’historien viendra sonner les cloches de l’érudition. Le dernier opus s’appelle hors-la-loi, outlaws, romantisme assuré. La distribution est la même, sauf que Samy Naceri a laissé la place à Sami Bouajila, casting propret oblige.

Le film ? Une avalanche d’héroïsme tardif et anachronique qui est l’exact pendant du pétainisme débonnaire de Robert Lamoureux fêtant la débâcle par un vaudeville où des godelureaux sur le retour s’amourachent de leur vétusté et la justifient à chaque réplique. Tout est toc dans les deux cas : les combats, les cadrages rapiécés, et des gros plans où s’exténue le jeu rudimentaire des acteurs, tout en vociférations et en cabotinages de style outré.

L’Histoire, la grande comme la petite, regorge de pages mal tournées, de démangeaisons, de scrofules douloureux, quitte à gratter autant viser la bonne cible et la traduire dans une esthétique qui nous laisse dans les cordes en attendant le gong.

Proposons une première séquence, cela se passe durant la guerre d’Espagne, Franco aussi avait ses arabes commandés par le général Yagüe, il est triste qu’on ne les filme pas quand on les juge dans le mauvais camp, à la mauvaise place, celle des égorgeurs.

« Les hommes qui commandaient n’ont jamais nié que les arabes achevèrent les blessés de l’hôpital républicain de Tolède. Ils se vantaient de la manière dont avaient été jetées deux cents grenades sur des hommes sans défense. Jamais, ils ne nièrent qu’ils avaient promis, aux arabes, des femmes blanches, en cas d’entrée, dans Madrid.

Assis, près d’un bivouac du campement, je les entendis débattre du caractère d’une telle promesse ; certains convenaient qu’une femme, même avec des idées communisantes, pouvait être espagnole. De même, El Mizian, seul officier supérieur arabe de l’armée espagnole, ne nia pas cette pratique [le viol collectif].

Il se trouve que je me trouvais, avec lui, non loin de Navalcarnero, quand deux gamines qui ne devaient pas avoir 20 ans, durent comparaître devant lui. Une d’entre elles travaillait dans une usine barcelonaise et on découvrit une carte syndicale dans son sac de cuir. La seconde, de Valence, prétendait ne pas avoir d’opinion politique.

Mizian les interrogea afin d’obtenir des informations puis les conduisit dans un petit édifice qui avait servi d’école et où logeait une quarantaine de soldats arabes. Quand elles arrivèrent près de la porte, des hululements se firent entendre, surgis de la gorge des hommes de troupe. J’assistai à une telle scène, horrifié et inutilement indigné. El Mizian souria avec condescendance lorsque je protestai devant ce qui venait d’arriver, disant “ Oh, elles ne vivront pas plus de quatre heures ! ”. Je suppose que Franco pensait que les femmes devaient être offertes aux arabes. »
[John T Whitaker cité par Herbert Rutledge Southworth dans el mito de la cruzada de Franco
traduit par mes soins]

Pas moins de soixante deux mille marocains épaulèrent Franco dans sa croisade recrutés à coups d’huile d’olive, de kilos de sucre et de soldes par des caïds dont certains, Abdeljalek Torres pour le citer, espéraient une autonomie future, voire l’indépendance. On connaît leur mode de combat, exécution des adversaires, liquidations des politiques et des syndicalistes, viol ou tonte des femmes, castration de certains, incendies d’églises parfois, en un mot un assaut barbare mais ordonné.

Deuxième séquence, l’Algérie française.

La colonisation s’y présente comme la modernisation d’une société archaïque avec son cortège de massacres, d’iniquités et d’indifférence paternaliste. On oublie avec constance que l’Algérie des beys ne connaissait plus la roue, qu’elle constituait une société esclavagiste accomplie et que son mode de règlement des conflits passait par des cycles de vendettas exterminateurs.

On oublie qu’Alger était la deuxième métropole culturelle de France après Paris dans les années trente, on oublie l’œuvre publique de la métropole, à partir des années 1950, qui dota ce pays d’un réseau d’écoles et d’hôpitaux, de la centrale d’Arzew et du complexe sidérurgique d’Annaba, sans compter les premiers pas de l’exploitation pétrolière.

On feint de masquer l’échec tragique du général de Gaulle sous le mascaras de la grandeur et le messianisme délirant qui conduisit les masses musulmanes à préférer les colonels aux ignobles roumîs qui leur proposaient pour la première fois de cette histoire de fer et de sang, comme le sont toutes les histoires de conquête, l’égalité.

On se ferme les écoutilles devant les réflexions de jeunes français d’origine algérienne qui tiennent toujours les harkis pour de sombres traîtres et leur massacre pour un acte de régénération de la patrie tant fantasmée et qui n’a que le sang, l’ignorance et le couteau de boucher à portée.

En effet, la bataille d’Alger et ses procédés douteux où les suspects se jetaient à la mer aboutirent à l’anéantissement de la campagne terroriste que le FLN avait mise en route en plastiquant des cafétérias et des dancings, l’offensive de Challe en 1959 pulvérisa l’ensemble des katibas du FLN si bien qu’en 1962, la glorieuse guérilla était composée de déserteurs et d’adolescents et ce au prix de l’internement au sein de villages de regroupement d’un million d’algériens musulmans, villages que Boumediene reprit en les baptisant du sobriquet de socialiste.

Il existe une chanson de Constantine qui émet cette douce mélopée, « Les juifs au poteau, les français au bateau, les arabes au château », le triptyque fut donc mené à son terme.

Si l’on considère l’ensemble de l’Afrique du Nord, ce sont un million cinq cent mille néo-africains et cinq cent mille juifs qui furent contraints à l’exil entre 1954 et 1967, avec le pic de 1962 où les chers ancêtres socialistes et de Gaulle tiennent plus qu’une part de responsabilité.

Comme le disait Camus, on peut toujours placer son fauteuil dans le sens de l’histoire et estimer que ce sens moral nous oblige. Pour ma part je ne crois en aucune manière que le réel soit rationnel ou qu’il témoigne d’un progrès dans l’histoire humaine.

Toute mémoire est sélective, elle oublie les quinze mille internés des camps vichyssois d’Algérie, anglo-gaullistes, communistes, ancien brigadistes, républicains espagnols, elle oublie les souscripteurs musulmans à l’aryanisation des biens juifs, le pogrom des 3-6 août 1934 qui aboutit au meurtre de 23 juifs par une foule musulmane déchaînée contre les dhimmis impudents, sous les bras croisés des troupes sénégalaises chargées de maintenir l’ordre.

En quoi les jeunes français qui combattirent en Algérie devraient-ils s’excuser d’avoir défendu ce qui restait de grandeur française selon les dires de tous les dirigeants qui se succédèrent dans ce pays de 1945 à 1960, en quoi devraient-ils s’appliquer le fouet du repentir devant les cadavres éviscérés des familles de harkis, des colons ruraux isolés ou des camarades de combat qu’on retrouvait émasculés ?

La guerre est sale et si l’histoire est un cauchemar dont il faut se réveiller, l’effacer au nom du repentir humanitaire, forme un point d’impiété qui témoigne du mépris dans lequel sont tenus tous ceux qui sont morts, tous ceux qui ont vécu, tous ceux qui ont fait de ce pays autre chose qu’une pierre tombale.

Dernière séquence intimiste, le cas Debbouze.

Philippe Lançon trouvait dans le sieur Jamel un reflet du lointain Julien Carette, braconnier roublard de la Règle du Jeu que le gardien du château finissait par canarder, annonçant des temps troublés et quelque peu portés sur la haine et la dénonciation. La joyeuse humeur de la Grande illusion laissait place à l’amertume et si Jean Gabin pouvait donner du « sale juif » à Marcel Dalio en lui tapant sur l’épaule lors de l’évasion d’un camp de prisonniers, le même Dalio, en grand seigneur, n’était plus que la cible des médisances et de la raillerie, la règle du jeune c’était celle de l’assaut final, la guerre idéologique, la guerre de classe, la guerre civile se donnant la main pour dévaster l’Europe et la livrer à ceux qui allaient vaincre.

Cette atmosphère est lointaine, on l’a oubliée. Aujourd’hui, un Vasari moderne mettrait un terme à l’histoire de l’art, comme d’ailleurs à toute histoire, il écrirait un nouveau livre, celui des médiocres célèbres. Comme on dit, on est toujours plus le fils de son temps que celui de son père.

Or si certains se souviennent du sketch de Dieudonné lors de l’émission de Marc-Olivier Fogiel, le 1er décembre 2003, les plus nombreux ont oublié qu’il était dédicacé à l’ami Jamel qui de trémoussements en poufferies finit par lâcher devant un Dieudonné, le bras tendu, « J’ai jamais eu l’occasion de te le dire mais là j’en profite, il y a la télévision et le public : T’es le meilleur ». Trois semaines plus tard, selon le système de défense habituel du comique, il confiait au magazine Elle, qu’il n’avait pas « calculé » ce sketch du fait d’un « mauvais retour sur le plateau ». Djamel avait donné l’accolade et la génuflexion à la doxa du jour et à ses pantins, pas un geste, pas un mot pour sortir Dieudonné de la fosse d’aisance où il coulait lentement, pas un regret, pas un remords, chacun sa merde.

En effet, Jamel, encarté auprès d’Artmedia, touchant des cachets astronomiques, tenancier de studios pour les beaux yeux de Mohammed VI, coproducteur d’Indigènes sous le sigle de kissman et producteur pour le compte de Canal + de son petit théâtre de Bouvard à lui, le Jamel Comedy Club, s’il est bien un notable du spectacle, se prétend encore et toujours une sorte de Calimero permanent.

Le voici qui se confie aux amis du magazine Media qui s’empressent d’afficher sur le portrait du Lider africano stylisé pop art, « pour la presse je reste un arabe qui a réussi ». Où l’on conclut que le surmoi de Jamel c’est l’opinion, que le terme arabe relève peu ou prou de l’insulte et qu’enfin la réussite se résume en liquide de préférence.

Le bonhomme aime tellement la respectabilité qu’il installe les locaux de sa maison de production au Parc Monceau et traîne ses guêtres rive droite, du côté de Saint Germain des Prés, de quoi batifoler en toute amitié avec son ami le roi du Maroc et discuter de ce satané Sahara Occidental dont le gentil bouffon prône l’annexion.

Je ne sais si le refus de visa qui lui interdit le sol algérien est lié à cette prise de position, ce qui est sûr c’est qu’en avril 2002, il fut reçu dans la ville blanche avec tous les honneurs sur l’invitation de Gérard Depardieu et du sulfureux Khalifa lié un temps à certains secteurs de la junte algérienne, avant que sa banque prenne l’eau.

A l’instar de Samy Naceri, l’ami Jamel est un habitué des problèmes de voirie, il fut aussi un temps comme il se dédouane, « mal entouré ». Tout un chacun ne s’aventure plus tellement à prononcer le nom de Boualem Talata, l’ancien garde du corps abattu, le 19 novembre 2000. Membre du gang Djilali qui opérait alors dans le secteur de Dreux pour le contrôle des machines à sous et le blanchissage adjacent, le pauvre Boualem fut pris dans une série de règlements de comptes d’où émerge le nom de Francis le Belge, abattu pour sa part, dans le camp adverse, le 20 décembre de la même année.

Il semble que Jamel ait compris que fréquenter Bertrand de Labbey, l’agent de Depardieu, soit d’un meilleur effet que de mimer les Tony Montana quand crachent les kalash.

Reste la scène inaugurale, en gare de Trappes. Jamel y perdit un bras, Jean-Paul Admette fils d’un chanteur réunionnais, la vie. C’était en 1990, Jamel avait alors 15 ans. Lorsqu’en 2004, le comique se rendit dans ce département français, les parents de Jean-Paul qui le tiennent pour responsable de la mort de leur fils, ont agi d’une manière telle que Jamel annula ses prestations, il s’en est expliqué récemment.

Il est dommage que dans l’Express du 18 juillet 2002, Jamel n’ait pas évoqué la mémoire de Jean-Paul Admette, il est encore plus dommageable que l’homme de la lutte contre les exclusions, l’homme qui se prétend plus légitime qu’un petit-fils de collabo, l’homme plus blanc que blanc, n’ait pas reconnu que la justice française l’a jugé en toute équité, le rendant, ingénu, à la vie. Si la France fantasmée de Jamel avait siégé, il est certain que le bonhomme n’aurait pas intégré Nova en 1995, Paris-Première en 1996-1997 et le nid douillet de Canal + en 1998.

Petit talent, vertu pleurnicharde, tous ses ingrédients l’ont tiré du gouffre où le triple handicap de son origine, de son milieu et de son bras amputé aurait dû le laisser. Les hommes du spectacle ont fait de Jamel un héros moderne que ces mutilations qualifiantes proposent comme modèle à un ensemble de clones qui n’ont qu’eux-mêmes et leurs pauvres histoires, à éventer.

C’est ce genre de séquences là qu’il est difficile de filmer, les seules qui demandent du courage et de la ténacité, pour le reste business as usual.

6clopes

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