Un triangle des stupéfiants via la Belgique

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Un triangle des stupéfiants via la Belgique

Message par 6clopes le Ven 12 Fév - 20:33

UN NOUVEAU TRIANGLE DES STUPS AVEC LA FRANCE COMME BASE ?

LALLEMAND,ALAIN
Samedi 21 avril 1990

Selon un rapport de police italien rendu public cette semaine, un nouveau triangle des stupéfiants reliant l'Amérique du Sud à l'Europe et aux Etats-Unis, via Naples et Marseille, aurait été découvert derrière une société d'import-export basée à Marseille, la Sonogex. Particularité: les éminences grises du réseau, Michele Zaza et Mario Jovine, sont déjà derrière les barreaux.

Appréhendé le 28 août 1989 à Toulon, Don Mario Jovine est considéré comme le rival, l'assassin et, in fine, le successeur d'Antonio Bardellino à la tête de la «Nuova Famiglia», l'un des clans de la mafia napolitaine. Bardellino aurait orchestré l'assassinat de son frère, Domenico Jovine, et Don Mario s'est alors envolé pour le Brésil où, à son tour, il organisa le meurtre de Bardellino et la dissimulation du corps.

Ayant fait le vide autour de lui, Don Mario investit le trône encore chaud. Mais il n'a pas prévu le pire: une «balance». Luigi Basile, surnommé «Le Marseillais», se rend aux autorités napolitaines et raconte aux carabiniers médusés la guerre de succession survenue au sommet de la «Nuova Famiglia»... Huit mandats d'arrêts sont délivrés à l'encontre de Mario Jovine. Trois mois plus tard, le capo tombe.

Michele Zaza, lui, est le prince de la cigarette en fraude. Mais un prince qui aurait vu grand: «Il Pazzo» (le fou) revendique une stature mondiale, et l'analyse de ses comptes bancaires, notamment en Suisse, a révélé à la justice marseillaise l'ampleur du trafic conduit par ce personnage.

Si Jovine ne semble guère lié au milieu des stupéfiants, sans doute Michele Zaza, lui aussi membre de la Camorra et lui aussi appréhendé - le 15 mars 1989 à Nice - est-il plus proche de ces laboratoires clandestins qui forment le noeud du réseau: on trouve à leur tête certains truands marseillais avec lesquels Zaza entretenait d'étroits contacts depuis le début des années quatre-vingts. Et puis, Zaza n'a-t-il pas déjà été condamné pour trafic de stupéfiants en Italie?

Selon le rapport de police commenté ce mercredi dans la presse italienne, de la cocaïne, en provenance notamment de Bolivie et du Pérou, serait acheminée sur la côte d'Azur pour y être raffinée dans des laboratoires clandestins (la lutte contre le trafic de drogue engagée par les Etats-Unis et certains gouvernements sud-américains auraient contraint les trafiquants à évacuer vers l'Europe - le sud de la France et l'Espagne - d'importantes quantités de drogue destinée ensuite au marché américain). Par l'intermédiaire d'une société d'import-export basée à Marseille, la «Sonogex», la cocaïne raffinée serait ensuite acheminée par bateau vers les Etats-Unis via la petite île de Santa Cruz aux Antilles.

De prime abord, on peut songer à une résurgence de la défunte «French connection» - filière de l'héroïne dans ce cas - qui, dans les années soixante, et sous l'impulsion de la Cosa Nostra (Etats-Unis), prenait livraison de la matière première en Turquie, la raffinait en France, la transbordait vers la Sicile et la livrait au Canada, pays à partir duquel les Etats-Unis étaient inondés.

Mais si le parallèle est tentant, il demeure de pure forme et il est bien plus raisonnable de penser que la filière Sonogex n'est qu'un de ces nombreux vecteurs de la drogue issus de fraîche date des actions antidrogue menées en Amérique du Sud, et que semblables couvertures commerciales peuvent être détectées en nombre sur les nouvelles places fortes de la cocaïne: Surinam, île Maurice, Espagne, France.

Et la Belgique? Partie prenante?

La Belgique? Rien de bien sérieux à l'heure actuelle. Même si Michele Zaza a laissé des traces dans ce pays en se faisant expédier d'Anvers des conteneurs hors-taxe à destination de Saint-Martin, une île franco-hollandaise des Caraïbes. A l'origine, ces conteneurs ne se justifiaient que dans le cadre d'un trafic de cigarettes. La cocaïne a-t-elle suivi le même chemin?

Le rôle joué à l'heure actuelle par la Belgique en matière de trafic de cocaïne reste d'ailleurs un mystère: le 25 septembre 1984, senor «Gilberto Gonzales Linares», mieux connu sous le nom de Jorge Luis Ochoa Vasquez, un des quatre pontes de la drogue colombienne, se trouve en Espagne et ignore que son récepteur téléphonique est sur table d'écoute. Il appelle la Colombie, le Royaume-uni, le Panama, et... la Belgique.

Plus significatif: l'arrestation, en 1987, d'un certain Mario Franzoni, soupçonné d'appartenir à la mafia, et intercepté à la frontière franco-belge en possession de quelque deux kilos de cocaïne en provenance directe de Colombie. La «mule» qui a acheminé la drogue de Colombie vers l'Europe est appréhendé avec lui.

Et puis, ce 12 mars, un ressortissant belge, René Depoorter, est arreté à Lima, à l'aéroport international Jorge Chavez, alors qu'il tentait de gagner le Luxembourg à bord d'un appareil de la compagnie Aeroflot. Dans le double fond de ses valises: 15 kilos de cocaïne. Menu fretin? Et si le marché de la cocaïne, à l'exemple de celui du haschisch, s'était tout simplement atomisé pour raison stratégique?

ALAIN LALLEMAND.

6clopes

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